Les treize coups de Minuit
Le recueil Bonnes fêtes - vos 13 desserts littéraires propose une variété de romans, allant de la policière à l'histoire, du fantastique à l'érotique, tous explorant le thème de Noël en Provence et les jours qui suivent menant au nouvel an. Ce recueil est un cadeau idéal pour les amateurs de littérature et de fêtes, offrant une nouvelle à chaque auteur pour chaque mois de décembre.
Les treize coups de minuit
Extrait
Avec ses yeux d’un bleu profond, Abigaël aurait pu ressembler à n’importe quelle
irlandaise vivant au rythme des bourrasques de l’océan. Sauf qu’elle n’était ni
rousse, ni blonde, mais brune. Une chevelure d’un noir de jais et d’une raideur
exceptionnelle. A l’adolescence, elle s’était ralliée au style d’outre-tombe, une
gothique, au grand désespoir de sa mère. Elle enfilait les tenues sombres d’Emily
the Strange et avait tout fait pour devenir le sosie de cette jeune sorcière de B.D.
Très mince sous son sweat difforme aux inscriptions sanglantes « I want blood »,
elle avait une frange épaisse comme son héroïne, et blanchissait ses joues avec du
fard à paupières livide. Les loups-garou, les zombies, les vampires…C’était son
univers secret, qu’elle partageait avec ses copains de lycée. Elle avait seize ans et
se disait qu’elle quitterait cette île quand elle aurait dix-huit ans, parce qu’il ne se
passait jamais rien ici.
Jusqu’au jour où tout avait basculé.
Abigaël connaissait les moindres recoins de son île. L’île irlandaise de Clare.
Minuscule joyau dans l’océan de huit kilomètres de long sur cinq de large. Un
petit bout de terre perdue dans la baie de Clew, à l’ouest de Westport.
La jeune fille aimait grimper au sommet des falaises dominant le phare. Mais ce
jour, un violent orage avait éclaté en quelques minutes. Abigaël connaissait trop
bien ces tempêtes, ces coups de vent qui pouvaient vous précipiter dans les
abysses. Elle connaissait par cœur ces falaises, ciselées comme des dentelles
grises, majestueuses mais terriblement dangereuses. Ce jour-là, quand elle avait
senti les premières gouttes sur son visage, elle s’était faufilée dans une petite
grotte à flanc de falaise pour y attendre la fin de l’orage.
Et c’est là qu’elle l’avait vu.
Le corps gisant d’un homme. Age moyen, peau claire, cheveux bruns, collés par
le sel. Ses vêtements, pull gris et jean, étaient mouillés. Ses yeux étaient fermés.
Mais sa bouche était ouverte. Comme si un objet était resté coincé.
La curiosité d’Abigaël avait été plus forte que sa peur. Elle avait osé s’approcher
du cadavre.
Il y avait bien un objet. Un…gros caillou ! Une pierre enfoncée dans la mâchoire
de cet homme.
Comment était-il arrivé jusque dans cette grotte ? Et qui était-il ?